Neutralité journalistique : les exilés fiscaux vus par Canal+

Adeline Martinez est une communicante spécialisée dans l'étude des médias. Elle écrit sous pseudo....
Lire la suite
journaliste-canal-investigation (stahlmandesign)

Le journal du midi de Canal + La Nouvelle Edition consacrait lundi une « enquête » aux français exilés fiscaux en Belgique. Un scoop en mousse reprenant toutes les ficelles du pseudo journalisme d’investigation pour bien faire rentrer une idée : les riches sont méchants.

Reportage passionnant où le journaliste de Canal+, Gaël Legras, accompagné d’un « fonctionnaire au Ministère des Finances belge » qui se trouve être « proche du PTB », (l’équivalent du Front de gauche en France), met sa vie en péril (en réalité, on peut le voir courir avant qu’un portail ne se referme) pour aller voir si certains de ces Français vivent dans les villas d’un quartier huppé de Bruxelles.

Le reportage, qui est filmé avec tous les dispositifs de l’investigation made in Canal+ (montage, musique, parti pris,…), aboutit à une révélation de taille : le nom « Arnault » est écrit sur une boite aux lettres dans le hall d’un immeuble belge.

Arnault : une maison trop modeste pour les journalistes

On passe vite sur le fait que le journaliste et le fonctionnaire semblent regretter que ce monsieur « Arnault » vive dans cet immeuble, pas aussi chic qu’ils l’auraient souhaité. Ils finissent d’ailleurs par conclure que ce doit être en attendant de trouver une majestueuse villa (le procès d’intention étant alors à son comble, puisque le « réel » même sous les yeux du journaliste ne lui semble pas suffisant).

On passe aussi sur le fait qu’il a fallu une caméra, un cameraman, un journaliste, 2 billets de train pour aller filmer une boite aux lettres avec écrit « Arnault », interroger un inconnu belge conduisant une belle voiture et interviewer un avocat fiscaliste ( ?!). Une enquête détaillée comme la télévision en a le secret.

Ce qui est intéressant c’est le « décryptage » de l’enquête une fois les journalistes de retour sur le plateau. Car les hypothèses de ces journalistes, qui persistent à faire comme s’ils représentaient la France d’en bas, sur les motivations de ces riches, fusent.  L’intellectuelle de l’émission,  Babette, opine lorsque le journaliste va met le doigt sur ce que tout ce que cette « affaire » révèle :  les millionnaires français se renseignent sur les impôts qu’ils paieraient en Belgique pour « mettre la pression sur le gouvernement ».

Notons que le doute saisit tout de même David Abiker, le sceptique, qui s’étonne de la présence du fonctionnaire belge dans le reportage : « Mais comment se fait-il que ce fonctionnaire soit sorti de son devoir de réserve » ? Réponse « Eh bien parce qu’il se le permet. » Ca laisse songeur sur l’éthique journalistique de Canal…

Laisser un commentaire