Capital (M6) : et si les riches n’étaient pas tous des salauds

Adeline Martinez est une communicante spécialisée dans l'étude des médias. Elle écrit sous pseudo....
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Valerian Gaudeau)

En ces temps de crise, aucun cliché ne nous sera épargné sur les « riches », ces mauvais Français incapables de participer à l’effort de redressement du pays. Au milieu du marigot populiste anti-riche, l’émission de M6 Capital a pris le parti d’écouter les arguments de ces nouveaux intouchables et de leur donner la parole. Les riches ne sont peut-être pas les salauds qu’on nous dépeint…

On connaissait la capacité de l’émission Capital diffusée le dimanche soir sur M6 à traiter de sujets polémiques et à contre-courant du traitement médiatique habituel (les régimes spéciaux des retraites, la fermeture des frontières, le remplacement des fonctionnaires, etc.).

La semaine dernière, l’émission présentée par Thomas Sotto s’est attaquée à un sujet brûlant : les riches, leur imposition et l’exil fiscal. Plutôt que de rester dans le fantasme et la projection (des socio-traitres, cigare au bec et Jaguar au volant) l’émission a pris le parti d’interroger ces fameux riches.

Dès le premier portrait, l’image d’Epinal de l’héritier profitant grassement de ses rentes est renversé puisque les journalistes de M6 présentent Mourad Altrad, homme d’affaires parti de rien, fils de bédouin syrien, arrivé en France à 18 ans et ayant fait fortune en rachetant une entreprise en faillite spécialisée dans les échafaudages.

Certes, on voit que ce dernier possède un certain nombre de voitures de luxe et une jolie demeure, mais après avoir entendu le récit de sa vie qui démontre des compétences et un travail hors norme ainsi que le nombre d’emplois qu’il a créé, la Ferrari paraît soudain moins outrageuse.

Le journaliste donne ensuite la parole à Pierre Kozcusko-Morizet, chef d’entreprise qui a fait fortune dans le Web et qui se trouve être à la tête du mouvement des pigeons. Plutôt que de s’attarder sur son appartement, sa voiture ou ses meubles, l’émission qui a pris le parti de supposer que ces « riches » avaient peut-être un avis sur la question, lui laisse la parole :

« Je vois beaucoup de jeunes qui partent créer leur entreprise ailleurs (…) Quelqu’un au fond qui achète un paquet d’actions du CAC 40, qu’il l’achète depuis la Suisse ou depuis la France, ça change pas grand-chose. Par contre, quelqu’un qui a créé une entreprise à l’étranger, s’il y en a beaucoup, ça va être la mort de l’économie française. »

Autre témoignage, également d’un chef d’entreprise français désormais installé à Londres : « En France, quand j’ai créé mon premier business, j’ai reçu des tonnes de papiers, de factures,  je comprenais rien du tout et on me demandait plus que ce que je gagnais dès le début (…) Ici, on vous aide, il y a une exonération et quand vous commencez à gagner de l’argent, bien sûr vous contribuez .»

Il ne s’agit pas de dire que ces propos doivent être pris pour argent comptant, mais de regretter que ce type d’arguments ne soit pas plus présent dans le champ médiatique pour alimenter, réellement, le débat. « Il faudrait que nos politiques fassent un petit tour en entreprise » dit en substance Denis Peyre dans le reportage. En attendant, les médias pourraient jouer plus souvent ce rôle de relais du monde économique, méconnu par une partie des français, à commencer par les journalistes.

De ce point de vue, on peut regretter que l’émission soit la seule du PAF consacrée à l’économie. On peut regretter également qu’elle ait vu le jour sur une chaîne privée et non sur l’une des chaînes du service public, dont on pourrait légitimement estimer qu’éduquer les téléspectateurs à l’économie fait partie de ses attributions. Cela dit, au vu du traitement de certains sujets par ces chaines (certains se souviennent encore du traitement hallucinant de l’émission Cash Investigation sur France 2 présentée par Elise Lucet), peut être vaut-il mieux que Capital garde sa liberté de traitement chez M6…

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