De De Gaulle à Hollande, un demi-siècle de déclin de la langue

La chienlit cest maintenant
Et si nous jugions notre époque et ses principaux acteurs à l'aune de la vie et de l'héritage du général de Gaulle......
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general_de_gaulle Archives de la ville de Montréal

Avec du recul, le débat d’entre deux tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, lors de la dernière élection présidentielle, aura fait une victime : la langue française, qui a été tout aussi malmenée par l’un que par l’autre des deux candidats. Du coup, on se souvient avec nostalgie de la maîtrise et de l’utilisation du français du Général De Gaulle.

Qu’ont appris les Français qui ont regardé le débat télévisé opposant l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, à l’actuel, François Hollande, le 2 mai 2012 ? Que ni l’un ni l’autre ne maîtrisait rigoureusement les subtilités de la langue française.

Entre les nombreuses fautes de grammaire, de conjugaison, les phrases sans sens, les négation quasiment jamais prononcées, les liaisons aléatoires, parfois faites à tort, parfois oubliées, et l’utilisation fréquente du langage familier, les deux anciens candidats ont illustré à eux deux l’inculture de notre société.

Un simple visionnage des 45 premières minutes de ce débat aura permis de trouver quelques perles langagières des deux derniers présidents de la France :

« Ce n’est pas faire un transgression. » (Hollande)

« Le mieux c’est que nous rentrenrions dossier après dossier. » (Sarkozy)

« Vous inventez une taxe nouvelle sur les français qui va prélever sur leur consommation. »(Hollande)

« Ya pas un pays au monde. » (Sarkozy)

« Les iPads que je mets à distribution de tous les collégiens de Corrèze. »  (Hollande)

« Le prix des énergies fossiles non seulement augmente mais vont continuer à augmenter. » (Sarkozy)

« La faute à Jospin », « La faute aux français » (Hollande)

Cette évolution langagière en dit long sur l’évolution de notre société et des mœurs politiques. A l’époque du Général, le président devait se doter d’une stature de chef d’état, montrer qu’il se plaçait au dessus, qu’il prenait de la hauteur, qu’il était un homme spécial, hors du commun.

Le Général de Gaulle parlait un français admirable. Ses livres politiques sont d’ailleurs devenus des classiques de la littérature française, tant le style y est travaillé. Même à l’oral, le général proposait toujours un langage soutenu, comme en témoigne C’était De Gaulle, le livre d’Alain Peyrefitte, ancien ministre du général, qui relate les conversations du ministre avec son président.

A titre d’exemple, voici trois petites formules de De Gaulle tirées de ses livres ou de ses discours, et qui démontrent un tout autre niveau que la bouillie actuelle :

« Le désir du privilège et le goût de l’égalité, passions dominantes et contradictoires des Français de toute époque. »

« Rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles. »

« La grandeur a besoin de mystère. On admire mal ce qu’on connaît bien. »

Cette dernière phrase illustre parfaitement cette vision de la stature de l’homme d’Etat par De Gaulle.

Désormais, même leurs discours écrits à l’avance (par d’autres) n’ont pas le dixième du niveau de français de De Gaulle à l’oral.

Les hommes politiques sont dans une toute autre logique : à l’ère de la télé-réalité, les hommes politiques doivent afficher leurs points communs avec le peuple, ils doivent faire preuve de proximité, monter aux Français qu’ils sont comme eux ; être « normal » pour reprendre un slogan qui a connu un certain succès à l’automne denier.

Cette tendance à la proximité a fait ses preuves et les politiques ne peuvent plus en faire l’économie dans une société du spectacle abrutie par la télévision et gavée par les flux d’informations. L’éclosion et la popularité de Besancenot, l’élection de Sarkozy en 2007, celle de Hollande en 2012 et même le succès d’un certains Barack Obama de l’autre côté de l’Atlantique, qui s’affiche dans des émissions de divertissement où il vient effectuer quelques pas de danse ou mettre des paniers de baskets ; les victoires politiques se gagnent dans une posture de proximité et d’impudeur.

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