Le Figaro : les homos sont des parents “comme tout le monde”

Dans la boite à outil du parfait journaliste, un ustensile est particulièrement prisé quand il s’agit de faire entrer au marteau-pilon des idées dans la tête de ses lecteurs : le reportage. C’est l’exercice auquel s’est prêté Judith Duportail du Figaro pour expliquer aux vénérables lecteurs du non moins vénérable journal de droite que les homosexuels sont des parents “comme tout le monde”.

A quoi riment (en dehors des périodes électorales) les oppositions entre médias de droite et de gauche quand on sait que l’ensemble des journalistes français ont été formés dans les mêmes écoles et nourris au même lait d’un progressisme béat ? A si peu de choses qu’une journaliste du Figaro s’est lancée dans une mission de conversion des vieilles mamies réacs abonnées au canard.

Comme le Progrès est une maîtresse non moins exigeante que ne le sont les rengaines conservatrices de ses lectrices (pour qui une femme doit épouser un homme et les enfants être élevés par un père et une mère), Judith Duportail a choisi de filouter pour faire passer ses messages de “tolérance” et de “modernité”.

Et à ce petit jeu de dupes, l’intrusion intimiste d’un reportage est une arme de déconstruction massive pour faire passer les vessies pour des lanternes et faire accroire à son auditoire qu’un exemple individuel a valeur absolue. Une valeur absolue que Judith Duportail a en partage avec tout ce qui pense à Paris : l’émergence du mariage homosexuel dans notre société évoluée est une évidence d’ordre quasi anthropologique, et la grande marche du Progrès ne saurait être entravée par quelques esprits retardés.

Ce qui compte, c’est l’amour

En guise d’introduction à son reportage (paru sous le titre “Enfants d’homos” : on est comme tout le monde”) Judith Durail donne le ton de ce long manifeste pro-adoption :

De 24 à 40.000 enfants vivent dans des familles homosexuelles selon l’Ined. Ceux que Le Figaro a interrogés assurent «qu’ils vont bien». Pour eux, ce qui compte, «c’est l’amour».

Et la journaliste de faire semblant de s’interroger : “Comment grandit-on dans une famille homosexuelle? Manque-t-on de repères, de figures auxquelles s’identifier?” Autant de questions qui imposent des réponses pour un “reportage” déjà écrit avant d’aller sur le terrain.

Que retenir de plus ? Les histoires personnelles et forcément attendrissantes de deux jeunes adultes, élevés par des couples homosexuels, qui refusent un débat “qui fait mal”. Et le lecteur d’être fait prisonnier de ce récit intime qui n’a pas grand chose à voir avec le débat sociétal majeur qui secoue la France ces dernières semaines.

Être le témoin intime, par le petit bout de la lorgnette, des destins forcément singuliers de ces jeunes adultes ne fait aucunement avancé le débat. Interrogée par la même journaliste, la mère d’une victime d’un chauffard n’exigerait-elle pas qu’il croupisse pour toujours en prison ? Le fils d’un assassin ne lui trouverait-il pas des circonstances atténuantes ?

Le journalisme voyeur de ce type de reportages vise uniquement à déplacer artificiellement le débat sur le terrain de l’émotionnel… et faire oublier que nous autres citoyens disposons d’un cerveau et d’une Raison.

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