Cnews : Morandini condamné en appel, mais toujours à l’antenne

Le groupe Canal+ assume sa décision pour le moins controversée alors que l’animateur de 60 ans a épuisé toutes les voies de recours.

Juste au moment où l’on croit que CNews a touché le fond en matière de choix controversés, la chaîne trouve encore le moyen de surprendre. Cette fois, c’est par le maintien à l’antenne d’un animateur condamné par la justice pour infractions sexuelles que la chaîne se distingue.

Jean-Marc Morandini, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a fait son retour à l’écran jeudi 15 janvier au matin pour présenter son émission quotidienne Morandini Live, comme si de rien n’était. L’animateur avait pourtant été définitivement reconnu coupable la veille et condamné à deux ans de prison avec sursis ainsi qu’à 20 000 euros d’amende pour des messages à caractère sexuel adressés à trois mineurs entre 2009 et 2016.

Une séquence qualifiée par Le Monde de « fait inédit » en France ne semble pourtant ébranler la direction du média. En témoigne la sortie de son directeur général, Gérald-Brice Viret. Interrogé le même jour par l’Association des journalistes médias, le dirigeant a affirmé « assumer complètement » la présence de Morandini à l’antenne.

La rupture d’une ancienne promesse

« Il n’est en contact avec aucun mineur à CNews, et ce depuis très longtemps », a tenté de justifier Gérald-Brice Viret, précisant que Morandini Live est désormais tourné dans les locaux parisiens de la chaîne, mais « pas au même étage » que les jeunes stagiaires.

Cette interdiction de contact, imposée par la justice, constitue une condition fixée « depuis 2016 déjà », a-t-il ajouté. Or, il s’agit du même groupe qui affirmait noir sur blanc il y a dix ans qu’« en cas de condamnation, Jean-Marc Morandini (…) quitterait le groupe sans indemnité ».

Face à cette contradiction, Gérald-Brice Viret a balayé la question d’un laconique « on assume complètement », précisant : « On est en 2026, une autre décision a été prise. » Il n’a pas davantage semblé inquiet d’un éventuel impact sur les annonceurs, assurant que « c’est le public qui décidera ».

« Si les audiences sont fortes, les annonceurs suivront », a-t-il expliqué, non sans se féliciter du fait que « les partenaires commerciaux n’ont jamais été aussi nombreux » et que « CNews a atteint l’équilibre opérationnel en 2025, pour la première fois ».

Une « insulte à toutes les victimes d’agressions sexuelles »

« Comment CNews peut-elle se réjouir d’être la première chaîne d’information de France tout en maintenant à l’antenne un journaliste condamné ? », s’indigne dans un communiqué le syndicat autonome +Libres, qui dit « avoir une pensée pour les victimes de Jean-Marc Morandini ».

Pour Caroline Constant, cheffe de la rubrique Médias à L’Humanité, cette décision est « une insulte à toutes les victimes d’agressions sexuelles dans ce pays ». Elle dénonce l’hypocrisie d’une chaîne dont plusieurs figures, à commencer par Pascal Praud, « passent leur temps à condamner les agresseurs sexuels tout en réclamant toujours plus de sévérité judiciaire ».

Si +Libres appelle employés, animateurs et visages historiques du groupe à « faire entendre leur voix » face à une situation jugée moralement inacceptable, l’initiative semble pour l’instant vouée à l’échec. D’autant que, selon Le Monde, Jean-Marc Morandini bénéficierait toujours de la protection de Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Canal+.

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