La France, otage de la Silicon Valley ?

Alors que les tensions transatlantiques s’intensifient depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, la question de l’autonomie européenne et particulièrement française, vis-à-vis des États-Unis, se pose avec acuité.

Les tensions récentes entre Donald Trump et l’Union européenne autour du Groenland ont ravivé une inquiétude stratégique majeure : l’Europe pourrait-elle être coupée de la technologie américaine ? Pour Aurore Lalucq, députée européenne du mouvement Place publique, la réponse est sans équivoque.

« Trump n’a aucune limite. Il peut tout bloquer. Il l’a déjà prouvé », martèle celle qui alerte depuis plusieurs semaines sur la dépendance jugée suicidaire de l’Europe vis-à-vis des États-Unis.

« Soit l’Europe s’émancipe, soit elle devient une colonie américaine », déclarait encore l’élue, le 28 décembre dernier, dans une interview accordée à Ouest-France. Mais cette crainte est-elle fondée, notamment pour la France ? D’emblée, il faut savoir que les produits américains ont envahi tous les aspects de la vie quotidienne française, souvent de manière invisible.

Des marques perçues comme françaises, telles que Le Petit Marseillais ou certaines gammes de biscuits, appartiennent en réalité à des multinationales américaines comme Mondelez International ou Kenview.

Un quotidien français sous perfusion américaine

Le secteur des paiements en fournit une autre illustration. D’après France TV, quatre transactions sur dix en France transitent par des réseaux américains, principalement Mastercard, tandis que le reste passe par le système national Carte Bleue.

L’affaire du juge français Nicolas Guillou, sanctionné par l’administration Trump en représailles à ses décisions rendues à la Cour pénale internationale (CPI), en dit long sur cette dépendance.

« Cela signifie qu’il ne peut plus effectuer de paiements, qu’il se trouve quasiment en situation d’interdiction bancaire, qu’il lui est impossible de passer commande en ligne », explique Aurore Lalucq, avant de prévenir : « cela pourrait arriver à tout le monde. »

C’est cependant dans le domaine du numérique que la fragilité européenne atteint son apogée. « Il est impossible de disposer d’un ordinateur intégralement français, avec un système d’exploitation, des logiciels et des serveurs nationaux. Cela n’existe pas, et cela empêche toute véritable souveraineté numérique », observe le journaliste Nicolas Lellouche de Numerama.

Une vulnérabilité stratégique aux effets très concrets

Téléphones, écouteurs, applications de messagerie, réseaux sociaux, plateformes de streaming (films, musique), sites de commerce en ligne… L’immense majorité des outils numériques utilisés quotidiennement par les Français sont la propriété d’entreprises américaines.

Cela inclut les systèmes d’exploitation comme Windows ou iOS, les navigateurs web, les services de cloud computing. Cette emprise numérique ne se limite pas à la sphère privée. Elle s’étend également aux infrastructures professionnelles et étatiques.

Même les données de santé des Français sont hébergées sur Microsoft Azure via la plateforme Health Data Hub. Face à ce constat préoccupant, l’émancipation européenne semble plus nécessaire que jamais.

Ophélie Coello, chercheuse en géopolitique du numérique, estime qu’une autre voie est possible. « En Europe, nous pouvons développer un modèle différent, fondé sur une approche décentralisée des technologies numériques, une logique consubstantielle à l’esprit même du numérique », affirme-t-elle sur France 24.

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