Chalamet, l’opéra et le retour de bâton

L’acteur franco-américain essuie une pluie de critiques pour avoir laissé entendre que l’opéra et le ballet étaient des arts condamnés, auxquels plus personne ne s’intéresse.

Tout est parti d’une apparente désinvolture. Invité à s’exprimer lors d’un town hall organisé conjointement par CNN et Variety — aux côtés de Matthew McConaughey — Timothée Chalamet a livré, le 24 février dernier, une réflexion sur l’avenir des salles obscures.

Rattrapé par un mélange de franchise et d’imprudence, le comédien franco-américain, porté par le succès de Dune et salué récemment pour son incarnation de Bob Dylan, a glissé une comparaison devenue virale bien au-delà du microcosme cinéphile.

«J’admire ceux qui vont sur un plateau télé pour dire : il faut sauver les salles de cinéma. Mais moi, je ne veux pas en arriver là. Je ne veux pas me retrouver dans la situation du ballet ou de l’opéra, à supplier les gens de s’y intéresser encore, comme si plus personne n’en avait quoi que ce soit à faire», a-t-il déclaré, avant d’ajouter — sans doute pour atténuer le propos — un «tout le respect du monde pour les gens du ballet et de l’opéra.»

Une riposte coordonnée des institutions culturelles

Piqué au vif, le Metropolitan Opera de New York — l’une des plus prestigieuses maisons lyriques au monde — a répondu par une vidéo postée sur Instagram, célébrant la virtuosité et la rigueur qui animent chacune de ses productions.

La légende, sobre et acérée, reprenait les mots mêmes de l’acteur avant de conclure : « Celle-là, c’est pour toi, Timothée Chalamet. » Le message a rapidement recueilli de nombreux soutiens, dont ceux de Sarah Hyland, Jordan Fisher ou Ashley Graham.

Dans un communiqué transmis au Hollywood Reporter, le Royal Ballet and Opera du Royaume-Uni a rappelé que ces disciplines n’avaient « jamais existé en vase clos » et qu’elles avaient « inspiré, nourri et enrichi » d’autres formes d’art, du cinéma à la mode, en passant par la musique contemporaine.

Un cinéma en chute libre, un spectacle vivant sous perfusion

Les artistes individuels ont été, eux, beaucoup moins conciliants. La soprano américaine Isabel Leonard, lauréate d’un Grammy, a publié une longue réaction dans laquelle elle juge « sidérant » qu’une personnalité d’une telle envergure puisse se montrer aussi « étriquée » dans sa vision de l’art, tout en se réclamant artiste.

«Dénigrer ses pairs en dit plus long sur son caractère que n’importe quoi d’autre qu’il aurait pu dire dans cette interview», a-t-elle écrit. Mais derrière l’emballement émotionnel, les chiffres relayés par la chaîne YouTube Regelegorila offrent une certaine mise en perspective.

Aux États-Unis, la fréquentation des cinémas aurait chuté de 35 % depuis la pandémie : d’un sommet d’environ 1,3 milliard d’entrées avant 2020, le pays serait tombé à quelque 700 millions en 2024. Un effondrement inédit dans l’histoire moderne du grand écran américain.

À l’inverse, Broadway affiche des recettes record sur la même période, un paradoxe que les détracteurs de Chalamet ont visiblement négligé. Qui plus est, l’industrie cinématographique écoule encore près de 780 millions de billets par an, contre à peine 63 millions pour l’ensemble du spectacle vivant, théâtre, danse, opéra et ballet confondus.

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