Conçue par l’ONG La Réponse Tech, cette intelligence artificielle, disponible gratuitement sur WhatsApp et par téléphone, s’impose comme un véritable outil citoyen contre la désinformation, à une époque où les intox fragilisent les piliers mêmes de la démocratie.
« Bonjour, je m’appelle Vera. Quelle information souhaites-tu vérifier aujourd’hui ? » La voix est calme, le ton neutre, presque apaisant. En quelques secondes, cette intelligence artificielle parvient à démêler le vrai du faux, à citer ses sources et à replacer une rumeur virale dans son contexte.
Ainsi, interrogée en juin dernier par le podcast Soluble au sujet d’une prétendue photo d’Emmanuel Macron consommant de la drogue aux côtés de dirigeants étrangers, publiée un mois plus tôt, Vera tranche en moins de trois secondes : « images floues et mouchoir mal interprété à l’appui », en renvoyant à Le Monde et en rappelant que l’Élysée a qualifié ces accusations de calomnie.
Bienvenue dans l’ère du fact-checking instantané, « made in France ». Derrière cette voix synthétique se cache en effet, un homme : Florian Gautier, cofondateur de La Réponse Tech, l’ONG française à l’origine d’Ask Vera, mise en service en janvier 2025.
Une architecture fondée sur la rigueur des sources
« L’idée est née après les dernières législatives françaises de 2024. On était hyper choqués de la facilité avec laquelle on pouvait diffuser de la désinformation à grande échelle, notamment la veille d’un silence électoral, avec des effets immédiats sur l’opinion publique », confie cet ingénieur en data au micro de Soluble.
« On s’est dit qu’il manque un outil qui permettrait de vérifier l’information instantanément », ajoute-t-il à France 24. Là où les IA généralistes répondent à tout prix, quitte à générer des erreurs faute de données fiables, Vera s’appuie exclusivement sur une base de 500 sources rigoureusement sélectionnées par un comité d’experts, conformément aux standards européens et internationaux du fact-checking.
Deux catégories structurent cet ensemble : une centaine d’organismes spécialisés dans la vérification des faits — AFP, Les Décodeurs, Euro Verify, et leurs équivalents dans 81 pays — et quelque 400 médias de référence, du Monde à Libération, du Figaro au Toronto Star, représentant une large géographie francophone et internationale.
Un outil citoyen face à une menace systémique
Lorsqu’un utilisateur soumet une question, Vera interroge ces sources en temps réel, synthétise les éléments disponibles et formule une réponse en trois secondes, toujours accompagnée des références utilisées. Mais surtout — et c’est là son avantage décisif —, si aucune information fiable n’est disponible parmi ses sources, elle ne cherche pas à combler le vide : elle dit simplement « je ne sais pas ».
Une forme d’humilité programmatique que les grands modèles de langage généralistes ne pratiquent pas, eux qui tendent à produire une réponse coûte que coûte, au risque de l’hallucination. Ask Vera est accessible via WhatsApp, en message privé sur Instagram, ou en appelant directement le numéro français dédié.
« On a restreint Vera à cette liste de sources. Elle a l’interdiction d’en sortir », résume Florian Gautier, qui espère à terme obtenir le soutien de fondations pour garantir la pérennité de ce service d’intérêt public.