C’est la plus récente conséquence de la prise en main de l’institution culturelle par Donald Trump.
L’Opéra national de Washington (WNO) a annoncé, le 9 janvier 2026, son départ du Kennedy Center. La décision, communiquée à l’issue d’une réunion en visioconférence du conseil d’administration, intervient alors que le centre connaît de profonds bouleversements depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.
Selon la direction de l’opéra, les récentes transformations structurelles et les nouvelles contraintes financières imposées par un Kennedy Center que l’administration Trump entend remodeler à son image ont rendu le partenariat tout simplement insoutenable.
L’institution fustige en particulier la réduction drastique des services centralisés, la remise en cause des engagements en matière de financement et, surtout, l’obligation désormais faite de préfinancer intégralement les productions. Autant d’exigences qui, selon ses responsables, ne correspondent pas au mode de fonctionnement traditionnel des compagnies lyriques.
Pour la prestigieuse scène culturelle américaine, rebaptisée « Donald J. Trump and John F. Kennedy Center for the Performing Arts » en décembre dernier au grand dam de la famille Kennedy, cette politisation agressive s’est traduite par une hémorragie d’artistes et d’autres personnalités siégeant au conseil d’administration.
L’effritement de la confiance des donateurs
Issa Rae, Renée Fleming, Shonda Rhimes et Ben Folds, entre autres, ont quitté leurs fonctions de direction ou annulé des événements. Jeffrey Seller, producteur de la comédie musicale à succès Hamilton, a même renoncé à la tournée prévue de son spectacle au Kennedy Center.
Les recettes de billetterie se sont effondrées et les soutiens historiques ont exprimé leur malaise. Pour un art déjà fragile économiquement et fonctionnant avec des marges très réduites, ces répercussions se sont révélées déstabilisantes et, en définitive, fatales au partenariat.
Du côté du Kennedy Center, les responsables justifient cette séparation par une « relation financièrement difficile ».
« Nous pensons que cela représente la meilleure voie à suivre pour les deux organisations et nous permet de prendre des décisions responsables qui garantissent la stabilité financière et l’avenir à long terme du Trump Kennedy Center », a déclaré Roma Daravi, porte-parole du centre désormais dirigé par Richard Grenell, proche allié de Trump, au New York Times.
Une rupture historique au cœur de Washington
L’opéra ambitionne de redevenir une entité pleinement indépendante à but non lucratif, de quitter la grande salle de 2 364 places du Kennedy Center « aussitôt que possible » et de réduire le nombre de représentations afin de contenir ses coûts.
Si les nouveaux lieux d’accueil des productions n’ont pas encore été officiellement dévoilés, la direction affirme avoir déjà identifié plusieurs salles à Washington et prépare l’annonce d’un nouveau calendrier dans les prochaines semaines.
En parallèle, un site internet autonome a été créé pour la WNO, tandis que le site du Kennedy Center continue, pour l’instant, d’afficher la programmation de printemps. C’est la fin d’un partenariat vieux de plus de 50 ans, et un nouvel exemple de la défiance envers la guerre culturelle menée par Donald Trump sur fond d’agenda « anti woke ».