De l’impact réel du fact-checking

Une récente lève le voile sur l’effet réel de la vérification des faits sur la propagation des fausses informations.

Alors que de nombreuses rédactions s’y sont mises à travers le monde, mobilisant d’importantes ressources humaines et matérielles, une question s’impose : le fact-checking, cette pratique journalistique pensée comme rempart contre la désinformation, est-il réellement efficace ?

Une équipe de chercheurs de Sciences Po et de l’Université de Liège, en Belgique, en partenariat avec des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), s’est attaquée à cette interrogation qui préoccupe sans doute de nombre d’observateurs.

Pendant dix-huit mois, ils ont étudié le comportement d’utilisateurs de Facebook exposés à des contenus identifiés comme faux. Leur conclusion tient en un « oui, mais », qui montre que la lutte contre les fausses informations est un travail de longue haleine, à l’heure où une information sur quatre est erronée sur TikTok, contre une sur six sur Facebook, une sur dix sur X et Instagram, d’après TV5 Monde.

Selon l’étude publiée en décembre dernier, lorsqu’un article de vérification paraît, l’algorithme de Facebook réduit la mise en avant de la fausse information associée, ce qui entraîne une baisse moyenne de 8% de sa viralité.

Un impact réel, mais conditionné à des critères stricts

Si ce chiffre peut paraître modeste de prime abord, il est statistiquement significatif à l’échelle des millions d’utilisateurs de ces plateformes. Ce résultat reste toutefois tributaire de trois conditions cumulatives.

D’abord, la fausse information doit être classée comme totalement erronée, et non partiellement inexacte. Or, dans la pratique quotidienne des rédactions, nombre de fake news se bâtissent sur un noyau de vérité, déformé ou sorti de son contexte.

Ensuite, la vérification doit intervenir dans un délai maximum de 48 heures après la première diffusion du contenu. Au-delà, l’effet correctif s’atténue fortement, tant la dynamique virale d’un faux suit une courbe exponentielle dans ses premières heures de circulation.

Enfin, le fact-checking se révèle nettement plus probant sur des sujets factuellement tranchés, comme la guerre en Ukraine, que sur des thèmes tels que le Covid-19 ou la crise climatique, où les convictions s’enracinent dans des représentations subjectives et identitaires.

L’effet disciplinaire, espoir de long terme

Au-delà de l’impact immédiat sur la circulation des contenus, l’étude met en avant un effet disciplinaire du fact-checking sur les comportements individuels. Les chercheurs constatent ainsi que les utilisateurs ayant contribué à la diffusion d’une fake news, une fois confrontés à sa réfutation, modifient sensiblement leurs pratiques.

Ils se montrent moins enclins à repartager des informations trompeuses et, surtout, deviennent deux fois plus proactifs dans la suppression de leurs propres publications signalées comme fausses. Ce constat souligne le rôle pédagogique que la vérification des faits peut jouer auprès du public.

« La lutte contre la désinformation reste difficile, mais il est encourageant de constater que le fact-checking fait une réelle différence, surtout lorsqu’il est rapide et clairement identifié comme tel », souligne Nina Lamparski, adjointe à la rédaction en chef de l’investigation numérique à l’AFP, citée par Franceinfo.

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