L’Espagne mise sur l’immigration pour sauver son économie

Le Premier ministre Pedro Sánchez a décidé de régulariser des centaines de milliers de migrants sans passer par le Parlement. Une décision – à rebours de nombreux autres pays européens – saluée par l’Église catholique, mais déjà contestée par l’opposition de droite.

Le Conseil des ministres a approuvé, le 14 avril dernier, le décret royal destiné à lancer le processus de régularisation exceptionnelle de personnes en situation irrégulière sur le territoire espagnol.

La mesure, prise sans vote du Parlement, pourrait concerner jusqu’à 500 000 individus parmi les 840 000 migrants sans papiers actuellement actifs sur le marché du travail, selon le centre de réflexion Funcas, cité par Reuters.

Pour espérer être compté parmi les heureux bénéficiaires de la mesure, l’immigré doit être en mesure de prouver sa présence continue sur le sol espagnol depuis au moins cinq mois avant le 1er janvier 2025.

Il lui faudra aussi justifier d’une activité professionnelle ou attester d’un lien familial avec le pays. Les personnes ayant des antécédents judiciaires sont explicitement exclues du dispositif. Les candidats retenus obtiendront un titre de séjour et de travail valable, dans un premier temps, pour une durée d’un an.

Un acte de normalisation

Ce titre ouvre également droit à un numéro de sécurité sociale et à une carte de santé dans la région de résidence. À l’issue de cette première année, les régularisés pourront s’inscrire dans les filières classiques prévues par la réglementation espagnole sur les étrangers, en vue d’une intégration pleine et progressive dans le système de protection sociale.

L’initiative constitue l’un des axes majeurs de l’agenda progressiste du Premier ministre Pedro Sánchez, qui défend depuis longtemps l’idée que l’immigration est une ressource économique et non un fardeau pour le pays.

« Cette régularisation est, avant tout, un acte de normalisation. Reconnaître la réalité de près d’un demi-million de personnes qui font déjà partie de notre vie quotidienne. Des personnes qui s’occupent de nos aînés. Qui travaillent pour que les aliments arrivent à nos tables », a-t-il soutenu dans une lettre ouverte publiée sur X.

Entre liesse et réprobation

Sánchez rappelle que l’Espagne a elle-même été un pays d’émigration massive au XXe siècle vers l’Amérique latine et l’Europe, puis de nouveau après la crise financière de 2008. « C’est aussi un acte de justice avec notre propre histoire », indique-t-il, en contraste avec le durcissement des politiques migratoires observé ailleurs en Europe ces dernières années.

Sur le terrain, l’annonce a suscité soulagement et enthousiasme au sein de nombreuses communautés étrangères installées en Espagne. À Barcelone, des membres de la diaspora bangladaise — estimée à près de 50 000 personnes dans le pays — ont manifesté leur satisfaction dans les rues, saluant une bouffée d’oxygène après des années de précarité administrative.

L’Église catholique a apporté son soutien à la mesure, saluant une démarche conforme à ses positions historiques en faveur de l’accueil des migrants. Mais l’opposition ne l’entend pas de cette oreille. Le Parti populaire, principal parti de centre-droit, a d’ores et déjà annoncé son intention de contester le décret devant les juridictions compétentes, estimant que le gouvernement outrepasse ses prérogatives en contournant le contrôle parlementaire.

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