Comme chaque printemps, des milliers de fidèles et de touristes ont convergé cette année, vers la banlieue de Tokyo pour le Kanamara Matsuri, un festival shinto d’une singularité assumée qui mêle dévotion ancestrale, démystification de la sexualité et fête populaire débridée.
« On ne voit ça nulle part ailleurs« . Le témoignage de Julie Ibach, 58 ans, recueilli par l’AFP, résume à lui tout seul la singularité du Kanamara Matsuri, littéralement « Festival du Phallus d’Acier », plus connu sous le nom de « Pénis Festival » au Japon.
Chaque premier dimanche d’avril, la ville de Kawasaki, située à quelques kilomètres du centre de Tokyo, se transforme pour accueillir un défilé extravagant où des représentations phalliques de toutes formes et couleurs sont portées haut par des milliers de participants joyeux.
Cette année encore, familles, couples, représentants de minorités sexuelles et touristes venus des quatre coins du monde, ont répondu présents au rendez-vous. « Tout le monde joue le jeu et s’en amuse », confie Julie, venue spécialement de San Diego pour assister à l’événement.
La manifestation, bien que spectaculaire dans ses symboles, s’inscrit dans une tradition shinto – la religion autochtone du Japon – profondément ancrée. Le sanctuaire Kanamara honore les divinités de la fertilité, de l’accouchement et de la protection contre les maladies sexuellement transmissibles.
Un message de démystification porté par le clergé
La notoriété du festival repose autant sur son imagerie audacieuse que sur la légende qui en a donné naissance. D’après la mythologie locale, un forgeron aurait jadis façonné un phallus en fer pour délivrer une femme possédée par un démon aux dents acérées, lequel mutilait les hommes lors de leur nuit de noces.
Grâce à cet objet symbolique, la mâchoire du démon fut brisée, libérant la jeune femme et sauvant ses prétendants. Cette histoire rappelle le mythe universel de la « vagina dentata », présent dans de nombreuses cultures à travers le monde, et constitue le fondement du rituel perpétué depuis plusieurs siècles.
Loin de se cantonner à une simple curiosité folklorique, le Kanamara Matsuri porte un message que ses gardiens revendiquent haut et fort.
Un contexte de crise démographique aiguë
Le grand prêtre du sanctuaire, Hiroyuki Nakamura, explique ainsi à l’AFP vouloir contribuer, à travers le festival, à « déconstruire l’idée que la sexualité est quelque chose de honteux ou d’impur ». Cette visée pédagogique prend d’autant plus de sens que le Japon traverse depuis plusieurs années une sérieuse crise démographique.
Selon les données provisoires du ministère de la Santé publiées en février, le pays a connu en 2025 sa dixième baisse consécutive du nombre de naissances, avec quelque 706 000 bébés, soit une diminution de 2,1% par rapport à 2024.
Ces données préliminaires masquent une réalité encore plus sombre. Car les chiffres définitifs (prévus en juin 2026), qui ne comptabiliseront que les naissances de Japonais résidant au Japon, seront inférieurs à 700 000, probablement autour de 668 000 selon les estimations du Asahi Shimbun, l’un des grands quotidiens nationaux.