Sophie la Girafe, l’icône française qui cache sa production chinoise

Vendu comme un produit artisanal tricolore depuis 65 ans, ce célèbre jouet serait en réalité massivement produite en Chine. Explications !

C’est un petit jouet en caoutchouc naturel qui accompagne des millions de bébés dans le monde depuis 65 ans. Sophie la girafe, reconnaissable à sa silhouette élancée et à son célèbre « pouet‑pouet », s’est imposée comme un incontournable des cadeaux de naissance en France, avec environ 700 000 exemplaires vendus chaque année sur le territoire.

Pour des générations de parents, ce hochet de 18 centimètres incarne l’excellence artisanale tricolore, un produit présenté comme fabriqué avec soin dans les usines savoyardes et vosgiennes. Cette image idyllique vacille désormais à la lumière d’une enquête récente de Mediapart.

Selon le média d’investigation, Sophie la girafe serait en réalité massivement produite en Chine depuis au moins 2013, la part de la production chinoise étant même devenue majoritaire à partir de 2019.

De quoi fissurer le discours d’un jouet « made in France » soigneusement entretenu par Vulli, l’entreprise qui détient la marque. Et le scandale ne se limite pas à cette délocalisation discrète.

Une usine française transformée en vitrine Potemkin

D’après Mediapart, le site de Rumilly aurait été transformé en véritable « usine Potemkine », une référence à ces décors de carton‑pâte destinés à impressionner l’impératrice Catherine II au XVIIIᵉ siècle.

La production locale existerait toujours, mais uniquement « pour le show », c’est-à-dire pour maintenir l’illusion lorsqu’un journaliste, un client important ou un inspecteur débarque sur place. Dans ces occasions, les machines sont mises en marche pour la galerie, donnant l’impression d’une activité manufacturière soutenue qui n’existe pas au quotidien.

Plus grave : Vulli aurait sollicité la Banque publique d’investissement (BPI) pour obtenir des financements censés l’aider à conquérir le marché chinois, alors même qu’une large part de la fabrication y était déjà transférée. Autrement dit, de l’argent public français aurait pu servir à soutenir l’implantation de l’entreprise dans le pays où elle délocalisait, en toute opacité, sa production.

Pour de nombreux observateurs, il est difficile de comprendre comment une société qui externalise une grande partie de sa chaîne de valeur peut prétendre à des aides destinées à renforcer le tissu industriel national.

La France au miroir de sa désindustrialisation

Face à ces révélations, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert une enquête pour « pratique commerciale trompeuse ».

L’affaire repose avec acuité la question de l’authenticité des labels et des promesses marketing autour du « made in France », d’autant plus sensible s’agissant d’un produit pour nourrissons érigé en symbole du savoir‑faire hexagonal.

Ce scandale n’est pourtant que la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus massif : la désindustrialisation du pays. « Notre rapport démontre un niveau de désindustrialisation en France trop important. On est aujourd’hui à moins de 10% d’industrie dans le PIB », souligne le sénateur Franck Ménonville, co‑auteur d’un rapport parlementaire sur le “fabriqué en France” présenté en juin dernier.

Pour les consommateurs, la déception dépasse la simple question du lieu de production. « La tour Eiffel est partout, Sophie la girafe c’est français, le nom sonne français, donc ça porte à confusion », déplore un client interrogé en rayon par France 3.

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