En garde à vue pour apologie du terrorisme, l’eurodéputée La France Insoumise s’est retrouvée au cœur d’une tempête médiatique après que des substances légales retrouvées dans son sac ont été présentées comme de la drogue de synthèse. Explications !
Ou comment une garde à vue pour apologie du terrorisme s’est transformée en une prétendue affaire de détention de substances prohibées.
Le jeudi 2 avril, Rima Hassan, eurodéputée de La France Insoumise (LFI), est interpellée par les enquêteurs pour apologie du terrorisme, à la suite d’un tweet évoquant Kōzō Okamoto, coauteur du massacre de mai 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv, revendiqué par le Front populaire de libération de la Palestine.
Une procédure ordinaire dans son déroulement, jusqu’à ce qu’une autre « information relative à la présence supposée de produits illicites dans le sac de l’élue en garde à vue suscite l’emballement. En quelques heures, sans attendre la moindre confirmation officielle, plusieurs médias nationaux s’en emparent.
«De la drogue de synthèse [a été] retrouvée dans son sac», écrit Le Parisien, évoquant des «sources concordantes». Le Figaro va plus loin, publiant un papier signé par son journaliste en charge du suivi de la gauche, dans lequel le mot « drogue » figure aux côtés de « militantisme », « provocation » et « racialisme » pour dresser le portrait d’un supposé « naufrage ».
Du CBD légal, des titres illégitimes
BFM TV embraie, annonçant qu’une procédure judiciaire distincte a été ouverte pour ces faits. La réalité, telle qu’elle sera établie plus tard, est pourtant somme toute banale.
« La procédure concernant la prétendue d’un produit stupéfiant dans les affaires de Rima Hassan lors de sa garde à vue a fait l’objet d’un classement sans suite par le parquet du tribunal judiciaire de Paris », clarifie notamment son avocat Vincent Brengarth, dans une déclaration publiée sur X.
Pour cause, la substance concernée n’était rien d’autre que du cannabidiol, plus connu sous le sigle CBD, produit parfaitement légal, vendu librement dans le commerce en France, et utilisé par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes à des fins médicales ou de bien-être.
Un naufrage médiatique complet
Mais comment en est-on arrivé à ce que la plateforme de critique média Acrimed qualifie de « fiasco médiatique » ? La réponse tient à un enchaînement de précipitations.
Comme le révèle une enquête de CheckNews, c’est le résultat d’un test rapide réalisé lors de la fouille de l’eurodéputée qui a servi d’étincelle à la machine médiatique. Les résultats, présentés comme positifs à la cathinone (famille chimique dont fait partie la 3MMC), ont rapidement fui vers les rédactions.
Le problème ? Ce type de test binaire, ultra-sensible, peut réagir à une trace infime, sans garantir la présence réelle de stupéfiant. Il ne s’agissait en effet que d’un indicateur provisoire, nécessitant des analyses toxicologiques complètes pour confirmation. Mais cette découverte préliminaire était manifestement trop croustillante pour attendre.
« Comme au printemps 2024, les grands médias légitiment au contraire la (ré)pression et, dans la droite ligne du traitement stigmatisant qu’ils réservent à Rima Hassan, participent pleinement à la co-construction d’une séquence à charge. Et tous les coups sont (de nouveau) permis », cingle Acrimed.