L’actrice américaine estime que la résistance à l’IA est vouée à l’échec, plaidant plutôt pour une approche collaborative. Elle défend le caractère irremplaçable de la dimension spirituelle de la création artistique face à la machine.
Dans une prise de parole à la fois froide et réaliste, mardi 12 mai, en marge de l’ouverture du 79ᵉ Festival de Cannes, Demi Moore a abordé l’irruption de l’intelligence artificielle dans le monde de la culture, et tout particulièrement du cinéma.
L’interprète de Ghost a rejeté d’emblée toute stratégie d’opposition frontale à cette révolution qui embarque tout sur son chemin telle une bourrasque. « Résister, c’est dans un sens lutter contre quelque chose qui est une bataille que nous perdrons« , affirme-t-elle, soulignant que l’IA fait désormais partie intégrante du paysage créatif.
Cette position, que certains défenseurs des droits des créateurs pourraient juger défaitiste, s’inscrit selon elle dans une approche plus constructive, consistant à « trouver des façons de travailler avec l’intelligence artificielle » plutôt que de la rejeter en bloc.
Membre du jury cette année, l’actrice a insisté sur le fait qu’« il y a de beaux aspects dans la possibilité d’utiliser l’IA », à condition de l’encadrer et de rester vigilants.
L’âme contre l’algorithme
Interrogée sur l’efficacité des garde‑fous actuellement mis en place par l’industrie, Demi Moore s’est montrée lucide : « Faisons-nous assez pour nous protéger ? Je ne sais pas. Je ne connais pas la réponse. Mon inclination serait de dire probablement pas », a‑t‑elle reconnu, estimant que le secteur ne fait sans doute pas assez pour se protéger.
Elle a toutefois tenté de désamorcer une partie des craintes. « La vérité, c’est qu’il n’y a vraiment rien à craindre, parce que ce qu’elle ne pourra jamais remplacer, c’est ce d’où vient le véritable art, qui ne vient pas du physique », a‑t‑elle expliqué.
Ces propos s’inscrivent dans un débat qui agite l’ensemble du cinéma depuis l’essor des outils d’IA générative capables de produire des images, d’écrire des scènes ou de recréer visages et voix.
Au fur et à mesure des avancées technologiques, la frilosité a gagné une partie du milieu, qui voit dans ces systèmes autant une menace pour l’emploi et les droits d’auteur qu’un risque pour l’authenticité de l’expérience cinématographique.
Un enjeu mondial pour le septième art
Les performances croissantes des algorithmes reposent notamment la question de la propriété intellectuelle, de la rémunération des artistes, mais aussi de la définition même d’un film. Peut‑on encore parler de cinéma lorsque des pans entiers de l’image sont générés par des modèles de synthèse ? Le public saura‑t‑il toujours distinguer ce qui relève du travail humain de ce qui vient de la machine ?
Ce sont autant d’interrogations qui hantent désormais l’industrie, alors que les studios voient aussi dans l’IA un moyen de réduire les coûts et que les plateformes de streaming testent déjà des outils de recommandation et de personnalisation toujours plus sophistiqués.
Cela dit, en donnant la parole à des figures comme Demi Moore et en programmant des œuvres qui interrogent l’intelligence artificielle – y compris au travers d’événements dédiés comme le World AI Film Festival désormais installé à Cannes – la Croisette confirme son rôle de vigie critique face aux mutations du septième art.