Le géant du commerce en ligne met fin à treize années de domination du groupe de Bentonville, devenant en 2025 la plus grande entreprise américaine.
C’est un changement d’ère que Wall Street attendait depuis des années, mais qui, lorsqu’il s’est finalement produit, a surpris par sa discrétion.
En février 2026, Amazon a officiellement dépassé Walmart pour devenir la première entreprise américaine par chiffre d’affaires, avec 716,9 milliards de dollars sur l’exercice fiscal 2025, contre 713,2 milliards pour le distributeur de Bentonville.
Un écart inférieur à quatre milliards — insignifiant à cette échelle —, mais suffisant pour mettre fin à treize ans de domination ininterrompue de Walmart au sommet du classement Fortune 500, référence mondiale en matière de puissance économique.
Avant Walmart, ExxonMobil avait conservé ce rang pendant une décennie, avant d’être détrônée au début des années 2000. C’est désormais au tour d’Amazon d’ouvrir un nouveau cycle.
AWS et la diversification, moteurs clés
La portée symbolique dépasse de loin la différence de revenus. En 2010, l’entreprise de Seattle ne générait que 34,2 milliards de dollars, soit plus de douze fois moins que Walmart.
En quinze ans, la société fondée par Jeff Bezos en 1994 — d’abord pour vendre des livres en ligne — a donc été multipliée par vingt, avec un taux de croissance cumulé entre 2018 et 2025 environ trois fois supérieur à celui de son rival.
Entre-temps, Amazon a évolué au-delà de la simple marketplace en ligne. Le groupe chapeaute aujourd’hui plus d’une centaine de filiales et entités acquises, couvrant des secteurs aussi variés que le cloud computing, les médias, la santé, la robotique et même la mobilité autonome.
Amazon Web Services (AWS), la division cloud lancée avec près de huit ans d’avance sur ses concurrents comme Microsoft Azure, a généré à elle seule près de 129 milliards de dollars en 2025. À cela s’ajoutent plus de 100 milliards de dollars combinés issus de la publicité digitale et des abonnements Prime, qui touchent désormais 80 % des foyers américains.
Walmart se transforme, mais cède sa couronne
Pour Walmart, qui faisait de son statut de « Fortune One » un argument de recrutement et de prestige, cette perte de leadership reflète davantage une transition stratégique qu’un déclin. Le groupe entend désormais devenir le commerçant préféré des Américains grâce aux prix bas, à la proximité physique et à la simplicité du quotidien.
Avec près de 11 000 magasins dans le monde, dont 5 100 aux États-Unis sous les enseignes Walmart et Sam’s Club — souvent situés à moins de 10 kilomètres des foyers — le distributeur reste de loin le premier acteur du commerce physique américain.
Mais avec ses investissements massifs dans l’intelligence artificielle, sa présence internationale — là où Walmart reste largement cantonné au marché nord-américain —, et son modèle multi-secteurs qui brouille les frontières entre retail, technologie et services, le groupe de Seattle paraît durablement installé au sommet.