Le retour en grâce de l’ancienne responsable de RT France dans les médias français, où elle défend des positions pro-russes, suscitent une vive inquiétude au sommet de l’État.
D’aucuns pensaient sans doute en avoir fini avec elle depuis l’interdiction, en 2022, de RT France – la branche française de la chaîne russe où elle occupait le poste de directrice – par l’Union européenne, dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine.
La voilà pourtant de retour, de nouveau sous les projecteurs. À 45 ans, Xenia Fedorova n’a jamais été aussi visible dans le paysage médiatique français, portée notamment par sa proximité avec Vincent Bolloré, le milliardaire breton et puissant acteur du secteur, dont l’agenda au profit de l’extrême droite ne fait plus guère de doute.
Depuis le début de l’année 2025, celle qui a fait ses débuts à 24 ans au sein de RT multiplie les interventions sur CNews, Europe 1, le JDD News, ainsi que sur Canal+, où elle anime l’émission « Lumières orthodoxes », consacrée aux cathédrales de rite orthodoxe.
Une omniprésence sans contradiction
« A Vincent, sans qui je n’aurais jamais pu y arriver seule – merci pour ton soutien, ta protection et ta présence indéfectible à mes côtés dans les moments les plus difficiles », écrivait-elle en 2025, selon Le Monde, dans les épreuves de son livre »Bannie », qui évoque les pressions qu’elle dit subir de la part des autorités françaises.
Des mots finalement retirés de la version publiée chez Fayard, maison d’édition appartenant également au groupe Bolloré. Selon Libération, Xenia Fedorova« campe dans tous les médias du magnat français d’extrême droite », où elle est simplement présentée comme « journaliste russe », sans mention de son passé à la tête d’un média d’État russe.
Ce qui interpelle le plus les observateurs n’est pas seulement sa présence, mais les conditions dans lesquelles elle s’exprime. Elle débat en effet rarement, est peu confrontée à des contradicteurs critiques du Kremlin, et peut dérouler sans véritable opposition les éléments de langage de Moscou.
Elle affirme ainsi que « l’Occident a décidé de prolonger le conflit », nie l’annexion de la Crimée par la Russie et décrit la révolution de Maïdan comme un « coup d’État ». Autant de positions qui reprennent mot pour mot la narrative officielle du Kremlin.
Un titre de séjour qui dérange
De quoi valoir à celle que le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot qualifie publiquement de « propagandiste patentée qui sert de relais à la désinformation du Kremlin », des signalements auprès de l’Arcom, l’autorité de régulation des médias.
Son influence supposée au sein des rédactions du groupe suscite également des interrogations. Plusieurs intervenants réguliers de CNews affirment ne plus avoir été invités après des échanges tendus avec elle, à l’image du général Bruno Clermont, écarté à la suite de « désaccords éditoriaux ».
Le Monde révèle par ailleurs qu’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a participé à un déjeuner en présence de Fedorova sans avoir été informée de l’identité des autres convives. Un épisode qui a contraint l’exécutif à réagir publiquement.
Le gouvernement a indiqué examiner sa situation, notamment la question de son titre de séjour. Or, selon le quotidien, celui-ci a été renouvelé en 2024 pour une durée de dix ans. Une décision qui suscite aujourd’hui des interrogations, alors même que ses positions étaient déjà bien connues des autorités.