Le Doge face à ses coupes

Elon Musk a de nouveau défendu avec vigueur le démantèlement express de l’agence américaine d’aide au développement, niant notamment toute responsabilité dans d’éventuelles pertes humaines. Une position qui résiste difficilement à l’examen des faits.

Dans un entretien accordé le 20 juillet à Zanny Minton Beddoes, rédactrice en chef de The Economist, et publié récemment, Elon Musk est longuement revenu sur son bref passage à la tête du Département de l’efficacité gouvernementale (Doge), l’entité mise en place par l’administration Trump pour réduire les dépenses fédérales.

Interrogé sur les effets des coupes drastiques imposées à l’USAID, principal bailleur de fonds de nombreux systèmes de santé en Afrique, l’homme le plus riche du monde a fermement rejeté toute implication, allant jusqu’à nier l’existence de victimes liées à ses décisions.

« Zéro, personne n’est mort à cause de cela », a-t-il affirmé, pointant du doigt les organisations humanitaires et autres acteurs caritatifs présents sur le terrain (Fondation Gates, Scott MacKenzie), qu’il juge tout aussi responsables de potentiels désastres.

« Une condamnation à mort lente » 

Il a par ailleurs soutenu que, lorsqu’un financement est suspendu à des structures soupçonnées de fraude, celles-ci auraient tendance à élaborer des récits susceptibles d’émouvoir l’opinion afin d’obtenir le rétablissement des fonds, plutôt que de reconnaître les faits.

« Je ne sais pas d’où Elon Musk tire ses données, mais il fait preuve d’ignorance sur la maladie (le sida). Cette maladie n’est pas comme une balle dans la tête qui tue instantanément. C’est une attaque contre le système immunitaire », a répliqué Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’ONUSIDA, citée par The Telegraph.

Selon elle, l’interruption des traitements consécutive aux réductions de financement de l’USAID équivaut à « une condamnation à mort lente » pour des millions de patients dépendants de l’aide américaine.

D’après les données disponibles, les restrictions budgétaires décidées par le Doge ont entraîné une baisse de l’aide américaine aux pays d’Afrique subsaharienne estimée entre quatre et cinq milliards de dollars entre 2024 et 2025.

Le Zimbabwe comme cas d’école

Cette situation concerne notamment la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Zimbabwe, le Botswana, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie et le Mozambique.

Parallèlement, le nombre de cas de paludisme — endémique sur le continent — a fortement augmenté, atteignant 65 399 entre janvier et avril 2026, contre 36 000 sur la même période en 2025 et 17 000 en 2024, selon le programme national de lutte contre le paludisme du ministère de la Santé zimbabwéen, cité par Al Jazeera.

L’ONG Save the Children a, de son côté, recensé 17 539 cas à la semaine 15 de 2024, contre 36 421 à la même période en 2025 et 65 399 en 2026, avec respectivement 34, 85 et 174 décès dans ce pays d’Afrique australe.

L’organisation rappelle que le Zimbabwe était pourtant considéré, depuis plus d’une décennie, comme un modèle de réussite dans la lutte contre le paludisme, ayant réduit le nombre de cas de plus de 76% entre 2023 et 2024, notamment grâce au soutien financier de partenaires internationaux.

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