Le projet lancé sous les acclamations d’un Comic-Con en délire s’achève sur un aveu d’échec public de la part de son propre producteur.
« S’ils avaient voulu le faire, on l’aurait fait ». C’est peu dire que Mahershala Ali est dépité de voir le projet de réédition de Blade, film culte des années 1990, s’enliser. Dans un entretien accordé le 31 juillet au magazine GQ, l’acteur doublement oscarisé a annoncé avoir tout simplement tiré un trait l’a-dessus.
« Je ne me suis pas senti très bien avec la manière dont les choses se sont terminées [avec Blade] ; j’aime mener les choses à terme », a-t-il déclaré, rappelant à quel point ce rôle l’enthousiasmait.
« J’étais vraiment attiré par le défi d’incarner un personnage à ce point étiré, mais aussi par l’intimité de sa situation et le soin potentiel qu’il mettrait à exécuter sa mission. Toutes les séries et tous les films sont difficiles, et je veux simplement que ce soit difficile pour les bonnes raisons, et j’ai eu le sentiment que ce projet allait être de cet ordre », a-t-il poursuivi.
À l’origine, une ambition d’auteur…
C’est en effet Mahershala Ali lui‑même, alors fraîchement oscarisé pour Green Book et tout juste sorti de son rôle de Cottonmouth dans la série Luke Cage, qui approche Marvel pour relancer Blade au cinéma.
« Quand Mahershala appelle, tu réponds », confiait ainsi récemment Kevin Feige, patron de Marvel, cité par le Hollywood Reporter. L’acteur voulait explorer la dimension la plus sombre du MCU et assumait l’ambition d’en faire son Black Panther à lui, une référence culturelle et critique de très haut niveau.
Pour concrétiser cette vision, le studio lui accorde un contrôle créatif rarement offert à un comédien. Ali choisit lui‑même le réalisateur Yann Demange après avoir jugé la première liste de noms proposée par Marvel trop inexpérimentée, puis fait venir le scénariste de True Detective, Nick Pizzolatto, pour reprendre le script.
Le projet passe par plusieurs versions radicalement différentes, jusqu’à un scénario entièrement situé dans les années 1920, en pleine Prohibition, avec Mia Goth annoncée dans le rôle de la méchante Lilith.
… qui a fait dérailler la mécanique Marvel
Feige reconnaîtra d’ailleurs qu’il ne s’agissait pas simplement de rhabiller Ali de cuir pour l’envoyer chasser des vampires. Cette quête de prestige a toutefois plongé la production dans un chaos inédit chez Marvel.
Six scénaristes se succèdent, deux réalisateurs quittent le navire, et des acteurs de premier plan comme Delroy Lindo ou Aaron Pierre finissent par abandonner après des mois d’attente.
Un producteur de Sinners de Ryan Coogler a également confirmé que la costumière Ruth Carter travaillait déjà sur Blade, qui n’a finalement jamais été tourné, avant que les costumes d’époque commandés pour le film ne soient rachetés par l’équipe de ce projet concurrent.
Le scénariste Beau DeMayo a en outre affirmé avoir été évincé après avoir dénoncé des propos jugés racistes de la part de certains cadres, qui auraient comparé son physique à celui de Wesley Snipes.