France : la fin du pain et de l’eau gratuits ?

La tradition française consistant à inclure le pain et l’eau dans le prix du repas pourrait bientôt disparaître, face à une lassitude grandissante chez certains restaurateurs.

Faudra-t-il bientôt prévoir de payer la carafe d’eau au restaurant ? Cette idée, qui concerne également le pain, commence à germer chez des professionnels décidés à rompre avec une ancienne exception française.

Contrairement à de nombreux pays européens, comme l’Espagne ou l’Italie, le pain et l’eau, tous deux compris dans le « couvert » et encadrés par un arrêté de 1967, sont inclus dans le prix du repas.

Problème : cette pratique s’accompagne de dérives de plus en plus fréquentes, comme en témoignent des restaurateurs interrogés par TF1. Certains clients se servent en pain, y touchent, puis en laissent une partie. Or, pour des raisons d’hygiène, l’établissement ne peut pas le proposer à d’autres tables et doit le jeter.

« Nous sommes témoins de gens qui ont appris à s’amuser avec la mie », pointe un restaurateur. Ce gaspillage représente un surcoût pour les établissements, surtout lorsque le pain est artisanal et acheté chez un boulanger.

Une eau devenue or

L’un d’eux explique avoir dépensé 22,68 euros en pain pour un seul service du soir. Au total, cette charge peut atteindre près de 50 euros par jour. Le sort de l’eau n’est guère meilleur. Celle-ci devient plus précieuse à mesure que la sécheresse s’intensifie, comme le pays l’a constaté cet été.

À tel point que de nombreuses localités, à l’image de certaines communes du Jura, ont procédé à des hausses jugées vertigineuses du prix de l’eau. L’idée de faire payer le pain divise toutefois les clients interrogés dans le reportage de TF1.

Certains y seraient favorables, notamment dans les établissements haut de gamme. D’autres s’y opposent fermement. Ils craignent qu’une petite somme, par exemple 1,50 euro, ne finisse progressivement par augmenter.

« Quand on est commerçant, on inclut tout dans le prix de la prestation. Pour 50 couverts, il faut acheter environ 30 baguettes. C’est un budget mensuel, mais cela doit être compris dans la facture générale », avance un intervenant sur Sud Radio.

La transparence des coûts en question

Le débat porte aussi sur la transparence des prix. Si un client choisit un plat affiché à 30 euros, il doit pouvoir savoir à l’avance ce qu’il paiera réellement. Facturer ensuite l’eau, le pain, puis éventuellement d’autres frais peut donner l’impression que la note finale augmente fortement par rapport au tarif annoncé.

« Le problème, c’est l’anticipation. On se dit qu’un plat coûte 30 euros et, à l’arrivée, on découvre des suppléments. Ce n’est pas très clair pour le consommateur », indique un autre intervenant.

Plutôt que de faire payer le pain et l’eau, une solution intermédiaire émerge : ne plus déposer systématiquement du pain sur chaque table. Le client pourrait ainsi le demander s’il en souhaite, ce qui permettrait de réduire le gaspillage tout en conservant le principe de gratuité.

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