La série animée Masha et Michka, vecteur de propagande russe ?

Des parlementaires britanniques, entre autres, réclament le retrait de ce dessin animé des plateformes de streaming dans le pays.

Sous ses airs de divertissement pour enfants, Masha et Michka servirait-elle de relais à la propagande russe ? C’est en tout cas ce que pensent certains députés britanniques, déterminés à voir disparaître cette série animée, qui met en scène une fillette et un ours géant, du paysage audiovisuel au Royaume-Uni.

Dans un texte transpartisan, une cinquantaine d’entre eux ont plaidé cette cause, le mois dernier, auprès de Lisa Nandy, la secrétaire d’État à la Culture. Les parlementaires qualifient le programme de « propagande pas très subtile » et dénoncent la banalisation de l’iconographie militaire soviétique auprès d’un jeune public.

Ils citent notamment un épisode de 2010 dans lequel Masha porte d’abord une casquette rappelant celles des officiers du NKVD, avant d’enfiler un casque de char.

Les élus mentionnent également un message publié en 2015, puis supprimé, sur le compte anglophone officiel d’Animaccord, le studio producteur. On y voyait l’héroïne coiffée d’une casquette militaire, accompagnée de la légende : « Une vraie fille de l’armée avec un filet à papillons ! Youhou, je suis dans l’armée maintenant ! »

Des symboles interprétés comme des messages cachés

« Les parents britanniques sont en droit d’attendre que les contenus auxquels leurs enfants accèdent par l’intermédiaire de plateformes agréées aient fait l’objet d’un contrôle approprié, en particulier lorsque nos alliés ont soulevé des préoccupations crédibles concernant de la propagande d’État », écrivent les députés. Leur démarche est soutenue par le Congrès mondial ukrainien.

Cette organisation relève, pour sa part, dans la série, plusieurs « easter eggs », ces détails dissimulés dans l’image. Elle évoque notamment une plaque de gare visible à l’arrière-plan, qui indiquerait une ligne ferroviaire reliant Moscou à Pékin.

D’autres références culturelles sont présentées comme autant d’indices d’une identité russe assumée. C’est le cas du kokochnik, une coiffe féminine traditionnelle portée par l’héroïne ; de la balalaïka, instrument à cordes emblématique du folklore russe apparaissant dans le décor ; ou encore du samovar, une bouilloire traditionnelle utilisée pour réchauffer les intérieurs durant les rudes hivers russes.

La maison de production se défend

Dans la demeure de l’ours, des diplômes rédigés en russe seraient également mis en scène comme des certificats valorisant les performances du pays.

Cette mobilisation s’inscrit dans une histoire plus large de l’utilisation des dessins animés comme instruments de propagande en temps de guerre, un procédé documenté dès la Première Guerre mondiale et largement amplifié durant la Seconde.

Les commentateurs rappellent, à cet égard, plusieurs précédents célèbres : les illustrations satiriques visant Winston Churchill, l’adaptation animée de La Ferme des animaux de George Orwell — dont le financement par la CIA a été révélé a posteriori — ou encore le court-métrage mettant en scène un célèbre canard rêvant qu’il vivait dans l’Allemagne nazie.

Face à ces accusations, la maison de production dément toute intention politique et assure que le programme se limite à célébrer l’amitié et l’imagination des enfants. Elle souligne par ailleurs avoir quitté la Russie en 2025 et ne recevoir aucun financement de Moscou.

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