Dans une sortie aussi audacieuse que paradoxale, le septuple champion du monde de Formule 1 appelle à l’instauration d’une loi limitant les fortunes individuelles. De quoi susciter de nombreux commentaires, et pas toujours bienveillants.
« Quand tu conduis à Los Angeles, il y a encore tellement de gens qui vivent dans la rue. Tu ne devrais pas pouvoir avoir des milliards. Je pense qu’il devrait y avoir une limite à ce que tu peux posséder, parce qu’il y en a assez pour tout le monde », a déclaré la super star de Formule 1, en marge d’un échange avec l’auteur britannique Jay Shetty pour le podcast On Purpose.
Difficile de savoir pour quelle raison cette interview qui remonte à trois ans a resurgi dans l’actualité, mais elle n’a pas manqué d’attirer l’attention. Les critiques pointent notamment une flagrante contradiction entre le discours du pilote britannique et son train de vie.
Des documents révélés en 2017 dans le cadre des Paradise Papers, ont par ailleurs détaillé comment Hamilton avait eu recours à des montages offshore pour éviter environ 3,3 millions de livres sterling de TVA sur un jet privé.
La question de la crédibilité du messager
Dix ans plus tôt, l’icône de la F1 avait quitté le Royaume‑Uni pour s’installer à Genève, avant d’établir finalement sa résidence à Monaco, juridiction qui ne prélève ni impôt sur le revenu, ni taxe sur les plus‑values, ni impôt sur la fortune.
Il est en outre, depuis quelques mois, en couple avec Kim Kardashian, dont la fortune est évaluée à environ 1,9 milliard de dollars, possède un yacht estimé à 10 millions de dollars et une voiture proche de 4 millions de dollars.
Autant dire que l’addition de leurs patrimoines représente une concentration de richesse que le plafond prôné par Hamilton lui‑même rendrait, en théorie, illégale.
Cette situation illustre un phénomène plus large observé chez certains athlètes et célébrités de haut niveau qui, à mesure que leur notoriété et leur fortune croissent, adoptent des positions progressistes sur les questions économiques et sociales, tout en continuant à profiter pleinement des mécanismes qu’ils critiquent.
Une réelle intention malgré tout ?
Faut‑il pour autant balayer ses propos d’un revers de main ? Plusieurs éléments plaident tout de même en sa faveur. Hamilton finance notamment Mission 44, sa fondation dédiée à l’éducation et aux opportunités pour les jeunes issus de milieux sous‑représentés au Royaume‑Uni.
Il s’exprime aussi publiquement depuis des années sur les inégalités raciales et le manque de diversité en Formule 1. Surtout, la question de la concentration des richesses entre les mains d’un petit nombre, au détriment du plus grand nombre, est une problématique bien réelle.
En France, des économistes comme Gabriel Zucman et Thomas Piketty n’ont cessé d’alerter à ce sujet, appelant à une taxation mondiale et plus radicale des plus grands patrimoines, en particulier dans un contexte de crise économique.