Automobile : Ankara face au mur européen

Le projet de réserver les aides publiques automobiles aux véhicules dont une part importante de la fabrication et des composants provient d’Europe provoque la colère du secteur automobile turc, qui craint d’être pénalisé.

« Cet accord ne correspond pas à notre union douanière, ni aux relations que nous avons construites depuis 60 ans. Il va détruire les chaînes d’approvisionnement. C’est mauvais pour tout le monde, ce sera un échec. Nous ne voulons pas de ça. »

Dans un entretien accordé à BFMTV, Kemal Yazici, président de l’Association turque des exportateurs automobiles, s’est voulu on ne peut plus clair à propos du futur label « Made in Europe » attendu dans la filière.

Inclus dans le compromis industriel franco-allemand conclu le 16 octobre dernier, le dispositif, que le Parlement européen doit encore avaliser, vise à s’assurer que seuls les véhicules produits en Europe ou intégrant suffisamment de composants européens bénéficient de bonus et autres avantages publics.

Selon les critères consultés par Le Monde, ce deal, assimilable à un échange de bons procédés entre Paris et Berlin, concerne les « autres partenaires européens qui faisaient partie du marché unique de l’UE au [1er janvier 2020], sous réserve d’un accord de réciprocité totale, c’est-à-dire l’adoption du schéma de préférence européenne applicable au secteur automobile, ainsi que de mesures anticontournement pertinentes ».

La Turquie vent debout

Au grand dam de la Turquie. C’est d’autant plus frustrant pour Ankara que le pays se décrit comme profondément intégré aux chaînes de production européennes, grâce notamment à trois décennies d’union douanière.

En effet, l’Union européenne est le premier marché de l’industrie automobile turque. Elle est à la fois le principal fournisseur et le premier débouché à l’exportation du pays, absorbant les trois quarts de sa production, selon BFMTV.

Par ailleurs, deux des grandes marques automobiles qui produisent en Turquie sont d’origine européenne. De quoi mobiliser au moins 550 000 travailleurs, toujours d’après le média français.

Inversement, Ankara a vu débarquer sur son territoire près de 800 000 véhicules en provenance de l’UE, rien que l’année dernière. Dans ces conditions, considérer la Turquie comme un pays tiers suscite l’incompréhension des acteurs de la filière.

Des consommateurs européens aussi concernés

L’une des conséquences pourrait être l’exclusion de la Turquie du nouvel écosystème automobile en construction autour des véhicules électriques, notamment dans les technologies des moteurs et des batteries.

Concrètement, avec ce dispositif, les voitures et les pièces détachées fabriquées en Turquie seront soumises à des droits de douane, car considérées comme des produits provenant de l’extérieur de l’Union européenne.

Mais les consommateurs européens ne seront pas non plus épargnés. « Le prix des voitures en Europe va augmenter. Selon nos calculs, cette hausse sera comprise entre 4 et 9% en fonction des modèles », pointe Kemal Yazici, alors que la Turquie se mobilise pour infléchir la position franco-allemande sur ce fameux label.

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