Le président du Rassemblement national aurait tenu des propos antisémites à plusieurs reprises par le passé, selon une enquête de Mediapart. L’intéressé dénonce une manipulation politique.
C’est une « bombe » lâchée lundi 28 septembre par Mediapart : durant sa jeunesse, Jordan Bardella aurait formulé, dans des échanges privés, des remarques antisémites, dans une démarche qualifiée d’obsessionnelle par les auteurs de l’enquête.
Alors âgé de 17-18 ans, le responsable politique — qui dirigeait à cette époque la fédération Front national (FN), mouvement lepéniste rebaptisé RN, de Seine-Saint-Denis — aurait notamment écrit que : « toutes les banques sont détenues par des juifs », ou encore « les ministères les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts français ».
D’autres messages incluent : « Le Juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler. Un sioniste est forcément juif, et en profondeur. En France, deux beaux exemples sont BHL [l’essayiste Bernard-Henri Lévy] ou [l’économiste Jacques] Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale ».
Des révélations embarrassantes pour l’image du RN
« On sent que c’est quelque chose de très construit et qu’il pense à 100% », pointe Alexandre Berteau, coauteur des révélations. Des déclarations qui, d’après le journaliste, reflètent l’environnement au sein duquel le jeune militant évoluait alors.
Ce dernier était en effet, toujours selon les enquêteurs, abreuvé à l’idéologie d’Alain Soral, essayiste et polémiste connu pour son antisémitisme. Le fondateur de la plateforme Égalité & Réconciliation (E&R) exerçait d’ailleurs une forte influence au FN.
Pour la formation frontiste, engagée depuis quelques années — avec un certain succès d’ailleurs dans l’opinion publique — dans une stratégie dite de « dédiabolisation », ces divulgations provoquent une onde de choc. D’autant que l’organisation figure en position favorable en vue de la présidentielle de 2027 d’après les baromètres électoraux.
D’où la réaction de Marine Le Pen, candidate déclarée, qui assure n’y accorder aucun crédit : « Jordan l’a dit : nous avons, et lui et moi, enfilé nos costards en kevlar, parce que c’est du lourd là qui tombe. Mais on ne va pas se laisser faire. C’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar », a-t-elle déclaré.
Un parti pris de panique
Ces menaces à peine voilées n’ébranlent nullement le site d’information. « Manifestement, il y a un désir au Rassemblement national de jouer aux petits soldats. La violence verbale de ce parti, dont l’histoire est aussi marquée par la violence physique, ne nous impressionne pas », tranche Fabrice Arfi, coresponsable du pôle Enquête du pure player, sur le plateau de Franceinfo.
« Je conteste formellement vos affirmations selon lesquelles j’aurais tenu, en public comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type », rétorque de son côté Jordan Bardella. Il agite la menace d’une riposte judiciaire contre le titre de presse.
« Nos confrères Alexandre Berteau et Antton Rouget n’ont pas simplement récupéré des captures d’écran à la hâte. Ils travaillent depuis le printemps et ont croisé plusieurs sources documentaires et humaines : des boucles d’e-mails larges, des correspondances plus restreintes, ainsi que des messageries privées comme Facebook et Messenger », martèle Fabrice Arfi, prêt à démontrer l’authenticité de leurs révélations.