La responsable française a annoncé son départ anticipé, arguant du besoin de retrouver la liberté de parole mise à l’épreuve ces dernières années par le devoir de réserve qu’impose sa fonction.
Christine Lagarde a officialisé, jeudi 29 octobre, son départ de la Banque centrale européenne (BCE). Elle quittera ainsi son poste le 7 février 2027, soit huit mois avant la fin de son mandat, initialement prévue en octobre.
La nouvelle n’est pas vraiment une surprise, tant les rumeurs persistantes faisaient état d’une démission ces derniers mois. D’aucuns l’ont même annoncée à la tête du Forum économique mondial (WEF), frappé par une crise de leadership depuis le départ de son fondateur, Klaus Schwab, en 2025, à la suite d’accusations de mauvaise conduite.
La dirigeante avait toujours pris soin de semer le doute sur ses véritables intentions. Elle avait même exclu de partir, au printemps dernier, en raison des turbulences monétaires au sein de la zone euro. Les temps semblent désormais avoir changé.
Une liberté de parole à retrouver
L’ancienne ministre française de l’Économie sous Nicolas Sarkozy évoque le besoin pressant de retrouver sa liberté de ton pour justifier cette décision.
« Je veux avoir la liberté de parole, la liberté d’expression et la liberté de m’engager sur des questions qui ne relèvent pas de la politique monétaire », a-t-elle déclaré, expliquant ne pas pouvoir rester neutre dans sa fonction de patronne de la BCE.`
« Je ne pense pas pouvoir me sentir à l’aise dans cette neutralité à l’heure actuelle. La vérité m’importe, et je la vois très souvent malmenée, contredite par des présentations trompeuses des faits », a poursuivi Christine Lagarde, revendiquant une légitimité à se prononcer sur certains sujets compte tenu de sa longue expérience sur la scène internationale.
« Que les gens m’écoutent ou non, c’est une autre histoire. Mais j’estime que je dois dire ces choses, et mes fonctions actuelles ne me le permettent pas », a ajouté l’ancienne directrice du Fonds monétaire international (FMI).
Un timing sujet à interprétations
Pour Bertille Bayart, rédactrice en chef au Figaro, la future ex-présidente de la Banque centrale européenne « veut se bagarrer contre les populismes ». « La question, c’est depuis où ? », se demande-t-elle, évoquant les rumeurs d’une candidature à la présidentielle.
« Christine Lagarde est, après tout, la troisième personnalité préférée des Français dans le baromètre de l’IFOP », rappelle la journaliste sur le plateau de BFMTV, tout en écartant cette hypothèse. En attendant de connaître son prochain point de chute, l’annonce de son départ anticipé de la BCE fait abondamment parler.
Notamment dans son pays, la France, où le timing est interprété comme une façon de favoriser le choix d’un successeur avant une présidentielle à laquelle l’extrême droite est, pour l’instant, donnée favorite. « Je l’avais vu venir. Une nouvelle insulte à notre égard », a ainsi fustigé Jean-Philippe Tanguy, responsable du Rassemblement national, auprès de Reuters.